Le condamné belge pour trafic de drogue Nasserdine Tarrahi a été extradé de Dubaï vers la Belgique, mais les autorités ont eu du mal à saisir les profits qu’il aurait accumulés grâce à des achats de propriétés de luxe dans l’émirat. Le parquet d’Anvers a confirmé que Tarrahi, 38 ans, avait été renvoyé le 14 octobre. Un tribunal belge avait estimé que les produits de ses crimes pouvaient atteindre 5 millions d’euros, mais les enquêteurs n’ont retrouvé qu’environ 20 000 dollars en espèces et du matériel d’entraînement entreposé dans un appartement à Anvers, utilisé comme base pour le trafic de drogue. Tarrahi occupait un poste élevé au sein des « Turtles », un gang belgo-marocain spécialisé dans la récupération de cocaïne sud-américaine à partir de conteneurs transitant par le port d’Anvers. Après son rôle au sein des « Turtles », il s’est enfui à Dubaï, où il a continué à diriger des opérations de trafic de drogue, selon la dernière décision de justice rendue en mai. Pendant que la justice belge le rattrapait, la bataille pour une richesse illicite a été plus difficile. OCCRP a rapporté que des données immobilières montraient que Tarrahi avait acheté six propriétés de luxe à Dubaï entre 2019 et 2021, investissant l’équivalent de 6,2 millions de dollars. Il les a depuis toutes revendues. Trois des propriétés ont été achetées pour un total de 3,8 millions de dollars et revendues trois ans plus tard pour 6,6 millions. Ces constatations suggèrent que Tarrahi a transféré d’importantes sommes à Dubaï et pourrait avoir tiré profit de ces opérations, même si les autorités belges travaillaient à retracer les produits de l’activité criminelle. Tarrahi s’est aussi assuré un permis de résidence permanente à Dubaï grâce à ses biens immobiliers, une autorisation délivrée à peine un an après sa condamnation en Belgique pour trafic de drogues depuis sa base à Dubaï. Les registres d’immigration obtenus par OCCRP indiquent qu’il s’est rendu à plusieurs reprises dans les Émirats sur une période de deux décennies et qu’il a reçu sept visas émiratis entre 2010 et 2020. Le secret financier de Dubaï et ses faibles taux d’imposition en font depuis longtemps une destination pour les personnes fortunées en quête de discrétion. Une enquête d’OCCRP menée en 2024 a cartographié des centaines de milliers de biens immobiliers à Dubaï liés à des responsables politiques sanctionnés, à des criminels présumés ainsi qu’à des responsables publics et à leur famille. Tarrahi doit désormais répondre à la Belgique alors qu’il poursuit la procédure judiciaire, avec la possibilité de faire appel du jugement du tribunal d’Anvers une fois qu’il sera arrivé sur le sol belge.